Mental Health

Dissociation

Série Dissociation - 1/7 - La dissociation n'est pas une faiblesse... c'est une réponse.

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Dr Edouard Bougueret

Dissociation

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Dr Edouard Bougueret

Dissociation

Dissociation, ce qu'on croit savoir - Épisode 1/7

Il arrive qu'un patient décrive ainsi ce qu'il a vécu pendant l'événement traumatique : "Je regardais la scène de loin, comme si ce n'était pas moi." Ou bien : "Je ne ressentais plus rien, j'étais absent de moi-même." Ces formulations ne désignent pas une fragilité particulière, ni un trait de caractère. Elles décrivent un mécanisme neurophysiologique précis, déclenché automatiquement lorsque le système nerveux évalue qu'il n'y a pas d'autre issue.

Ce premier épisode pose les bases conceptuelles nécessaires à l'ensemble de la série. Avant d'aborder les manifestations cliniques, le diagnostic différentiel ou les protocoles de traitement, il s'agit de comprendre ce que la dissociation est... et ce qu'elle n'est pas.

Contenu de l’article

La triade Fight, Flight, Freeze

Face à une menace, l'organisme mobilise d'abord les ressources d'action : la lutte ou la fuite. Ce sont des réponses sympathiques, mobilisatrices, visibles. Le coeur s'emballe, les muscles se préparent, l'attention se focalise.

Ces réponses ont une logique évolutive claire : elles servent à se dégager du danger.

Mais que se passe-t-il lorsque ni la lutte ni la fuite ne sont possibles ? Lorsque le danger est inévitable, trop soudain, ou qu'il vient d'une personne dont on dépend pour survivre ? L'organisme bascule alors dans d'autres voies. Le figement d'abord : une hypoactivation parasympathique défensive, une analgésie protectrice, une modification de la perception du temps et de l'espace. Le sujet est présent physiquement, mais partiellement absent à lui-même. C'est précisément cela, la dissociation peri-traumatique.

Dans certaines configurations (notamment lorsque la menace vient d'un proche dont on dépend) une quatrième réponse peut s'activer : la soumission. Non pas une capitulation volontaire, mais une adaptation automatique visant à apaiser la source du danger pour maintenir le lien vital. Cette réponse, moins visible que les trois premières, laisse des traces spécifiques sur la construction de l'identité et la relation à l'autre... un fil que nous retrouverons en épisode 4.

Le souvenir fragmenté

Un souvenir ordinaire s'intègre à la biographie du sujet. Il peut être récupéré, raconté de manière plus ou moins détaillée, replacé dans une chronologie. Il a une forme : un début, un milieu, une fin.

Le souvenir dissocié ne se construit pas de cette façon. Il reste fragmenté en éléments sensoriels bruts : une odeur, une sensation de froid, un son, une image fixe. Ces fragments ne s'inscrivent pas dans une narration. Ils ne "passent" pas. Et parce qu'ils ne sont pas intégrés à la biographie narrative du sujet, ils continuent d'être vécus comme une intrusion extérieure; ce qui explique la phénoménologie des reviviscences : le passé surgit au présent, non comme un souvenir mais comme une expérience en cours.

Il me semble important de souligner ici que cette fragmentation mémorielle n'est pas un dysfonctionnement du cerveau. C'est le résultat prévisible d'une surcharge du système d'encodage dans un contexte où toutes les ressources sont mobilisées pour la survie immédiate.

Contenu de l’article

Du normal au pathologique

La dissociation n'est pas l'apanage du trauma. Elle existe sur un continuum. Conduire en automatique en pensant à autre chose, se perdre dans une rêverie, perdre le fil pendant une conversation : ce sont des phénomènes dissociatifs légers, sans conséquence sur le fonctionnement global.

Ce qui distingue la dissociation pathologique, ce n'est pas sa nature, c'est son intensité, sa chronicité et le coût qu'elle représente pour le sujet. Lorsque la fragmentation devient structurelle, lorsqu'elle entrave la continuité de l'identité ou la capacité à fonctionner au quotidien, on entre dans le champ clinique. La frontière n'est pas toujours nette, et c'est précisément ce qui rend le repérage difficile.

Ce que cela change pour la clinique

Partir de ce cadre neurophysiologique transforme la posture clinique. Un patient qui dit "je me suis dissocié pendant des années sans le savoir" n'est pas en train de décrire une pathologie caractérielle. Il décrit un système nerveux qui a fait ce qu'il savait faire, dans les conditions qui étaient les siennes.

Cette clarification n'est pas anodine. Elle modifie la façon dont on accueille le récit, dont on formule l'évaluation, dont on construit l'alliance thérapeutique. Autrement dit, comprendre le mécanisme, c'est déjà une forme d'intervention.

Vers l'épisode suivant

Poser que la dissociation est adaptative ne suffit pas à répondre aux questions cliniques concrètes : à partir de quand parle-t-on de trouble ? Quelles distinctions nosographiques sont utiles en pratique, et lesquelles sont trop lourdes pour l'usage quotidien ? C'est ce que l'épisode 2 examinera.

Dissociation, ce qu'on croit savoir - Épisode 1/7

Il arrive qu'un patient décrive ainsi ce qu'il a vécu pendant l'événement traumatique : "Je regardais la scène de loin, comme si ce n'était pas moi." Ou bien : "Je ne ressentais plus rien, j'étais absent de moi-même." Ces formulations ne désignent pas une fragilité particulière, ni un trait de caractère. Elles décrivent un mécanisme neurophysiologique précis, déclenché automatiquement lorsque le système nerveux évalue qu'il n'y a pas d'autre issue.

Ce premier épisode pose les bases conceptuelles nécessaires à l'ensemble de la série. Avant d'aborder les manifestations cliniques, le diagnostic différentiel ou les protocoles de traitement, il s'agit de comprendre ce que la dissociation est... et ce qu'elle n'est pas.

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La triade Fight, Flight, Freeze

Face à une menace, l'organisme mobilise d'abord les ressources d'action : la lutte ou la fuite. Ce sont des réponses sympathiques, mobilisatrices, visibles. Le coeur s'emballe, les muscles se préparent, l'attention se focalise.

Ces réponses ont une logique évolutive claire : elles servent à se dégager du danger.

Mais que se passe-t-il lorsque ni la lutte ni la fuite ne sont possibles ? Lorsque le danger est inévitable, trop soudain, ou qu'il vient d'une personne dont on dépend pour survivre ? L'organisme bascule alors dans d'autres voies. Le figement d'abord : une hypoactivation parasympathique défensive, une analgésie protectrice, une modification de la perception du temps et de l'espace. Le sujet est présent physiquement, mais partiellement absent à lui-même. C'est précisément cela, la dissociation peri-traumatique.

Dans certaines configurations (notamment lorsque la menace vient d'un proche dont on dépend) une quatrième réponse peut s'activer : la soumission. Non pas une capitulation volontaire, mais une adaptation automatique visant à apaiser la source du danger pour maintenir le lien vital. Cette réponse, moins visible que les trois premières, laisse des traces spécifiques sur la construction de l'identité et la relation à l'autre... un fil que nous retrouverons en épisode 4.

Le souvenir fragmenté

Un souvenir ordinaire s'intègre à la biographie du sujet. Il peut être récupéré, raconté de manière plus ou moins détaillée, replacé dans une chronologie. Il a une forme : un début, un milieu, une fin.

Le souvenir dissocié ne se construit pas de cette façon. Il reste fragmenté en éléments sensoriels bruts : une odeur, une sensation de froid, un son, une image fixe. Ces fragments ne s'inscrivent pas dans une narration. Ils ne "passent" pas. Et parce qu'ils ne sont pas intégrés à la biographie narrative du sujet, ils continuent d'être vécus comme une intrusion extérieure; ce qui explique la phénoménologie des reviviscences : le passé surgit au présent, non comme un souvenir mais comme une expérience en cours.

Il me semble important de souligner ici que cette fragmentation mémorielle n'est pas un dysfonctionnement du cerveau. C'est le résultat prévisible d'une surcharge du système d'encodage dans un contexte où toutes les ressources sont mobilisées pour la survie immédiate.

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Du normal au pathologique

La dissociation n'est pas l'apanage du trauma. Elle existe sur un continuum. Conduire en automatique en pensant à autre chose, se perdre dans une rêverie, perdre le fil pendant une conversation : ce sont des phénomènes dissociatifs légers, sans conséquence sur le fonctionnement global.

Ce qui distingue la dissociation pathologique, ce n'est pas sa nature, c'est son intensité, sa chronicité et le coût qu'elle représente pour le sujet. Lorsque la fragmentation devient structurelle, lorsqu'elle entrave la continuité de l'identité ou la capacité à fonctionner au quotidien, on entre dans le champ clinique. La frontière n'est pas toujours nette, et c'est précisément ce qui rend le repérage difficile.

Ce que cela change pour la clinique

Partir de ce cadre neurophysiologique transforme la posture clinique. Un patient qui dit "je me suis dissocié pendant des années sans le savoir" n'est pas en train de décrire une pathologie caractérielle. Il décrit un système nerveux qui a fait ce qu'il savait faire, dans les conditions qui étaient les siennes.

Cette clarification n'est pas anodine. Elle modifie la façon dont on accueille le récit, dont on formule l'évaluation, dont on construit l'alliance thérapeutique. Autrement dit, comprendre le mécanisme, c'est déjà une forme d'intervention.

Vers l'épisode suivant

Poser que la dissociation est adaptative ne suffit pas à répondre aux questions cliniques concrètes : à partir de quand parle-t-on de trouble ? Quelles distinctions nosographiques sont utiles en pratique, et lesquelles sont trop lourdes pour l'usage quotidien ? C'est ce que l'épisode 2 examinera.

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