Mental Health

Dissociation

Série Dissociation - 7/7 - Ce que la recherche dit, et ce qu’elle ne dit pas encore

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Dr Edouard Bougueret

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Dr Edouard Bougueret

Dissociation

Dissociation, ce qu'on croit savoir - Épisode 7/7

Les épisodes précédents ont décrit des pratiques, la stabilisation, l’ancrage, le travail sur le lien, que nous employons parce qu’elles fonctionnent en séance. Il serait malhonnête de clore cette série sans poser la question qui les met à l’épreuve : sur quelles preuves reposent-elles vraiment ?

Introduction

Quiconque a lu des revues systématiques sur le trauma complexe connaît une expérience déconcertante. La clinique observe des transformations réelles, parfois spectaculaires, et au même moment des revues rigoureuses, conduites selon la méthodologie PRISMA*, concluent prudemment à des preuves insuffisantes. C’est ce que l’on pourrait appeler le paradoxe PRISMA : l’écart entre une efficacité clinique largement constatée et un corpus d’essais randomisés encore fragile. Ce paradoxe mérite d’être regardé en face, sans défense corporatiste ni autocritique excessive.

Pourquoi cet écart existe

L’écart ne signifie pas que les approches sont inefficaces. Il signale d’abord les limites de nos dispositifs de preuve face à la complexité. Les populations concernées, trauma relationnel précoce, dissociation structurelle, comorbidités multiples, se prêtent mal aux essais randomisés classiques. Les échantillons sont petits, les tableaux cliniques hétérogènes, les traitements longs et individualisés, ce qui rend la standardisation difficile. Randomiser suppose de comparer des groupes homogènes recevant des interventions reproductibles : c’est précisément ce que la clinique de la complexité ne permet pas facilement.

Autrement dit, l’absence de preuve robuste n’est pas une preuve d’absence d’effet. C’est le plus souvent le signe que l’objet déborde l’instrument de mesure.

Contenu de l’article

Nommer les angles morts réels

Cela ne dispense pas de lucidité. Plusieurs zones restent mal explorées et il faut les nommer. La pharmacologie d’abord : les interactions entre traitements médicamenteux et psychothérapies du trauma sont peu étudiées de façon combinée. Les variables transculturelles ensuite : la plupart des données proviennent de contextes occidentaux, et la transposabilité des protocoles à d’autres cultures du soin et du récit reste incertaine. Les cohortes linguistiques enfin, ce qui rejoint l’épisode sur le langage : nos marqueurs et nos échelles sont construits dans quelques langues, et l’on ignore largement ce qu’ils deviennent ailleurs.

Reconnaître ces angles morts n’affaiblit pas le champ, cela le crédibilise. Une discipline qui sait dire ce qu’elle ignore est plus solide que celle qui prétend tout savoir.

Ce que les prochaines années pourraient apporter

L’horizon n’est pas vide. Le développement de marqueurs plus objectifs, qu’ils soient physiologiques ou langagiers, pourrait offrir des critères d’évaluation moins dépendants du seul jugement clinique. Des méthodologies adaptées aux populations complexes, études de cas systématisées, études à cas uniques, essais pragmatiques, pourraient combler une partie de l’écart sans trahir la réalité clinique. Il est plausible que les prochaines années rapprochent ce que nous observons et ce que nous pouvons prouver.

Conclusion de la série

Cette série a parcouru un chemin : de la neurophysiologie du trauma à la blessure du lien, de la trace langagière de la dissociation à la pratique de la stabilisation, jusqu’à l’état des preuves. S’il fallait en dégager une ligne, ce serait celle-ci : tenir ensemble la rigueur et l’humilité. Prendre au sérieux ce que la clinique observe, sans en faire un dogme. Prendre au sérieux ce que la recherche établit, sans en faire un couperet.

C’est la position que Linea Clinica cherche à occuper : un espace de rigueur sans dogmatisme, où l’on peut affirmer ce que l’on sait, reconnaître ce que l’on ignore, et continuer à soigner pendant que la science avance. Le travail clinique n’attend pas la preuve définitive, mais il se laisse corriger par elle. C’est peut-être la meilleure définition d’une pratique sérieuse.

Contenu de l’article


*PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) est un ensemble de recommandations standardisées encadrant la conduite et la rédaction des revues systématiques et méta-analyses, afin d'en garantir la transparence, la rigueur et la reproductibilité (sélection des études, critères d'inclusion, traitement des données).

Dissociation, ce qu'on croit savoir - Épisode 7/7

Les épisodes précédents ont décrit des pratiques, la stabilisation, l’ancrage, le travail sur le lien, que nous employons parce qu’elles fonctionnent en séance. Il serait malhonnête de clore cette série sans poser la question qui les met à l’épreuve : sur quelles preuves reposent-elles vraiment ?

Introduction

Quiconque a lu des revues systématiques sur le trauma complexe connaît une expérience déconcertante. La clinique observe des transformations réelles, parfois spectaculaires, et au même moment des revues rigoureuses, conduites selon la méthodologie PRISMA*, concluent prudemment à des preuves insuffisantes. C’est ce que l’on pourrait appeler le paradoxe PRISMA : l’écart entre une efficacité clinique largement constatée et un corpus d’essais randomisés encore fragile. Ce paradoxe mérite d’être regardé en face, sans défense corporatiste ni autocritique excessive.

Pourquoi cet écart existe

L’écart ne signifie pas que les approches sont inefficaces. Il signale d’abord les limites de nos dispositifs de preuve face à la complexité. Les populations concernées, trauma relationnel précoce, dissociation structurelle, comorbidités multiples, se prêtent mal aux essais randomisés classiques. Les échantillons sont petits, les tableaux cliniques hétérogènes, les traitements longs et individualisés, ce qui rend la standardisation difficile. Randomiser suppose de comparer des groupes homogènes recevant des interventions reproductibles : c’est précisément ce que la clinique de la complexité ne permet pas facilement.

Autrement dit, l’absence de preuve robuste n’est pas une preuve d’absence d’effet. C’est le plus souvent le signe que l’objet déborde l’instrument de mesure.

Contenu de l’article

Nommer les angles morts réels

Cela ne dispense pas de lucidité. Plusieurs zones restent mal explorées et il faut les nommer. La pharmacologie d’abord : les interactions entre traitements médicamenteux et psychothérapies du trauma sont peu étudiées de façon combinée. Les variables transculturelles ensuite : la plupart des données proviennent de contextes occidentaux, et la transposabilité des protocoles à d’autres cultures du soin et du récit reste incertaine. Les cohortes linguistiques enfin, ce qui rejoint l’épisode sur le langage : nos marqueurs et nos échelles sont construits dans quelques langues, et l’on ignore largement ce qu’ils deviennent ailleurs.

Reconnaître ces angles morts n’affaiblit pas le champ, cela le crédibilise. Une discipline qui sait dire ce qu’elle ignore est plus solide que celle qui prétend tout savoir.

Ce que les prochaines années pourraient apporter

L’horizon n’est pas vide. Le développement de marqueurs plus objectifs, qu’ils soient physiologiques ou langagiers, pourrait offrir des critères d’évaluation moins dépendants du seul jugement clinique. Des méthodologies adaptées aux populations complexes, études de cas systématisées, études à cas uniques, essais pragmatiques, pourraient combler une partie de l’écart sans trahir la réalité clinique. Il est plausible que les prochaines années rapprochent ce que nous observons et ce que nous pouvons prouver.

Conclusion de la série

Cette série a parcouru un chemin : de la neurophysiologie du trauma à la blessure du lien, de la trace langagière de la dissociation à la pratique de la stabilisation, jusqu’à l’état des preuves. S’il fallait en dégager une ligne, ce serait celle-ci : tenir ensemble la rigueur et l’humilité. Prendre au sérieux ce que la clinique observe, sans en faire un dogme. Prendre au sérieux ce que la recherche établit, sans en faire un couperet.

C’est la position que Linea Clinica cherche à occuper : un espace de rigueur sans dogmatisme, où l’on peut affirmer ce que l’on sait, reconnaître ce que l’on ignore, et continuer à soigner pendant que la science avance. Le travail clinique n’attend pas la preuve définitive, mais il se laisse corriger par elle. C’est peut-être la meilleure définition d’une pratique sérieuse.

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*PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) est un ensemble de recommandations standardisées encadrant la conduite et la rédaction des revues systématiques et méta-analyses, afin d'en garantir la transparence, la rigueur et la reproductibilité (sélection des études, critères d'inclusion, traitement des données).

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