EMDR

Thérapie EMDR et aphantasie

Temps de lecture : 3 minutes

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Dr Edouard Bougueret

Aphantasie

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Dr Edouard Bougueret

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L'absence d'imagerie mentale redéfinit nos pratiques cliniques

📘 Dossier clinique (PDF) - EMDR et aphantasie : implications pratiques pour le traitement du trauma - à télécharger en bas de cet article

L'aphantasie est l'incapacité à générer volontairement des images mentales. Elle touche environ 2 à 5% de la population, mais reste largement méconnue en clinique du trauma. Un article récent de Psychology Today met en lumière un paradoxe troublant : comment accompagner efficacement des personnes traumatisées lorsque nos outils thérapeutiques reposent massivement sur la visualisation ?

LE DEFI : DES REVIVISCENCES SANS IMAGES
Chez les personnes avec aphantasie, les reviviscences traumatiques se manifestent différemment. Pas de "film" mental qui défile, mais des vagues somatiques intenses, des distorsions auditives, une pensée qui se fige, ou cette sensation corporelle oppressante d'un danger imminent. Ces manifestations peuvent facilement être confondues avec de l'anxiété généralisée, des attaques de panique, voire de la dissociation, retardant parfois le diagnostic et l'accès à un traitement adapté.

THERAPIE EMDR SANS VISUALISATION : CHANGER LA PORTE D'ENTREE, PAS L'OBJECTIF
En thérapie EMDR, nous ne traitons pas "une image", mais un réseau de mémoires dysfonctionnelles. L'imagerie visuelle n'est qu'une porte d'entrée parmi d'autres vers ce réseau. Lorsque cette voie est inaccessible, le protocole reste pleinement applicable en s'appuyant sur d'autres modalités sensorielles et cognitives.

Les points de friction principaux se situent aux phases 2 et 3, où les exercices traditionnels (lieu sûr, image du pire moment) deviennent sources de frustration ou de sentiment d'échec. La solution ? Remplacer systématiquement la visualisation par des ancres alternatives.

ADAPTATIONS CONCRETES POUR CHAQUE PHASE
Phase 2 – Stabilisation sans imagerie
Cultivez un "felt sense" de sécurité via des ressources somato-sensorielles : pression sur le sternum, appui conscient des pieds au sol, respiration rythmée, objets tactiles à texture ou odeur spécifique. Le "lieu sûr" devient conceptuel, défini par des paramètres verbaux ("calme, contrôlable, prévisible") plutôt que visuels, avec vérification de la congruence corporelle.

Phases 3-7 – Ciblage et retraitement multimodal
L'ancre de départ peut être une sensation corporelle localisée, une émotion dominante, un son interne, une CN négative ("Je suis en danger"), une impulsion motrice (fuir, se figer), ou même une micro-scène narrative en quelques mots. Le SUD et le VOC s'évaluent sur cette ancre, et le retraitement se déroule en monitorant les changements somatiques, émotionnels ou verbaux plutôt que visuels. L'invitation devient : "Connecte-toi à cette sensation/phrase" plutôt que "Garde l'image en tête".

Pour l'installation de la CP positive, on associe posture physique, action verbale et scan corporel, remplaçant le "visualise-toi..." par un ancrage dans le présent corporel et comportemental.

PRECAUTIONS CLINIQUES ESSENTIELLES
La vigilance s'impose sur deux fronts. D'abord, différencier l'aphantasie neurocognitive (stable, présente dès l'enfance) de l'évitement dissociatif (fluctuant, lié au trauma) par des tests simples : imagination d'objets neutres, présence de rêves visuels, style descriptif habituel. Ensuite, reconnaître que les manifestations traumatiques "invisibles" nécessitent un dépistage actif via tracking des humeurs, sommeil et déclencheurs, pour maintenir la personne dans sa fenêtre de tolérance pendant le retraitement.

VERS UNE PRATIQUE REELLEMENT CLIENT-CENTREE
Cette adaptation de la thérapie EMDR pour l'aphantasie n'est pas une version "allégée" du protocole, mais une illustration de sa flexibilité fondamentale. Elle nous rappelle que notre rôle n'est pas d'imposer une modalité sensorielle, mais d'accompagner le système nerveux de la personne via la porte d'entrée qui lui est accessible.

Pour approfondir ces adaptations, les ressources EMDRIA et les webinars spécialisés offrent des formations continues précieuses. L'enjeu n'est pas seulement technique : il s'agit de reconnaître la diversité des expériences subjectives et d'ajuster notre posture clinique en conséquence.

Source : Psychology Today – "Trauma Therapy Is Difficult for Individuals With Aphantasia" (décembre 2024).

Praticien(ne) EMDR ? Avez-vous déjà adapté votre protocole pour des clients avec aphantasie ? Quelles stratégies vous ont semblé les plus efficaces ?



L'absence d'imagerie mentale redéfinit nos pratiques cliniques

📘 Dossier clinique (PDF) - EMDR et aphantasie : implications pratiques pour le traitement du trauma - à télécharger en bas de cet article

L'aphantasie est l'incapacité à générer volontairement des images mentales. Elle touche environ 2 à 5% de la population, mais reste largement méconnue en clinique du trauma. Un article récent de Psychology Today met en lumière un paradoxe troublant : comment accompagner efficacement des personnes traumatisées lorsque nos outils thérapeutiques reposent massivement sur la visualisation ?

LE DEFI : DES REVIVISCENCES SANS IMAGES
Chez les personnes avec aphantasie, les reviviscences traumatiques se manifestent différemment. Pas de "film" mental qui défile, mais des vagues somatiques intenses, des distorsions auditives, une pensée qui se fige, ou cette sensation corporelle oppressante d'un danger imminent. Ces manifestations peuvent facilement être confondues avec de l'anxiété généralisée, des attaques de panique, voire de la dissociation, retardant parfois le diagnostic et l'accès à un traitement adapté.

THERAPIE EMDR SANS VISUALISATION : CHANGER LA PORTE D'ENTREE, PAS L'OBJECTIF
En thérapie EMDR, nous ne traitons pas "une image", mais un réseau de mémoires dysfonctionnelles. L'imagerie visuelle n'est qu'une porte d'entrée parmi d'autres vers ce réseau. Lorsque cette voie est inaccessible, le protocole reste pleinement applicable en s'appuyant sur d'autres modalités sensorielles et cognitives.

Les points de friction principaux se situent aux phases 2 et 3, où les exercices traditionnels (lieu sûr, image du pire moment) deviennent sources de frustration ou de sentiment d'échec. La solution ? Remplacer systématiquement la visualisation par des ancres alternatives.

ADAPTATIONS CONCRETES POUR CHAQUE PHASE
Phase 2 – Stabilisation sans imagerie
Cultivez un "felt sense" de sécurité via des ressources somato-sensorielles : pression sur le sternum, appui conscient des pieds au sol, respiration rythmée, objets tactiles à texture ou odeur spécifique. Le "lieu sûr" devient conceptuel, défini par des paramètres verbaux ("calme, contrôlable, prévisible") plutôt que visuels, avec vérification de la congruence corporelle.

Phases 3-7 – Ciblage et retraitement multimodal
L'ancre de départ peut être une sensation corporelle localisée, une émotion dominante, un son interne, une CN négative ("Je suis en danger"), une impulsion motrice (fuir, se figer), ou même une micro-scène narrative en quelques mots. Le SUD et le VOC s'évaluent sur cette ancre, et le retraitement se déroule en monitorant les changements somatiques, émotionnels ou verbaux plutôt que visuels. L'invitation devient : "Connecte-toi à cette sensation/phrase" plutôt que "Garde l'image en tête".

Pour l'installation de la CP positive, on associe posture physique, action verbale et scan corporel, remplaçant le "visualise-toi..." par un ancrage dans le présent corporel et comportemental.

PRECAUTIONS CLINIQUES ESSENTIELLES
La vigilance s'impose sur deux fronts. D'abord, différencier l'aphantasie neurocognitive (stable, présente dès l'enfance) de l'évitement dissociatif (fluctuant, lié au trauma) par des tests simples : imagination d'objets neutres, présence de rêves visuels, style descriptif habituel. Ensuite, reconnaître que les manifestations traumatiques "invisibles" nécessitent un dépistage actif via tracking des humeurs, sommeil et déclencheurs, pour maintenir la personne dans sa fenêtre de tolérance pendant le retraitement.

VERS UNE PRATIQUE REELLEMENT CLIENT-CENTREE
Cette adaptation de la thérapie EMDR pour l'aphantasie n'est pas une version "allégée" du protocole, mais une illustration de sa flexibilité fondamentale. Elle nous rappelle que notre rôle n'est pas d'imposer une modalité sensorielle, mais d'accompagner le système nerveux de la personne via la porte d'entrée qui lui est accessible.

Pour approfondir ces adaptations, les ressources EMDRIA et les webinars spécialisés offrent des formations continues précieuses. L'enjeu n'est pas seulement technique : il s'agit de reconnaître la diversité des expériences subjectives et d'ajuster notre posture clinique en conséquence.

Source : Psychology Today – "Trauma Therapy Is Difficult for Individuals With Aphantasia" (décembre 2024).

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