Santé Mentale
Ennui
Série Ennui - 10/10 - Mesurer sa propension à l'ennui : l'outil BPS expliqué
Temps de lecture : 3 minutes
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Dr Edouard Bougueret
•
Ennui


Dr Edouard Bougueret
•
Ennui
Série Ennui — Épisode 10 | 10
En 1986, deux chercheurs américains, Richard Farmer et Norman Sundberg, publient un outil qui va durablement structurer la recherche sur l'ennui : la Boredom Proneness Scale, ou BPS.
Depuis, cet instrument a été utilisé dans des centaines d'études à travers le monde, traduit en de nombreuses langues, et affiné par plusieurs équipes de recherche.
Ce que la BPS mesure n'est pas l'ennui en tant qu'état passager. C'est la propension à l'ennui, un trait relativement stable, qui désigne la tendance d'un individu à s'ennuyer plus facilement, plus intensément et plus fréquemment que la moyenne. Cette distinction est fondamentale pour la pratique clinique.
État vs trait : pourquoi la distinction compte
L'ennui-état est contextuel et passager. Il survient dans des situations précises et disparaît quand la situation change. Il est universel et ne signifie rien de particulier sur la santé psychique d'une personne.
L'ennui-trait désigne une vulnérabilité stable : certaines personnes s'ennuient dans des contextes variés, y compris dans des situations qui semblent objectivement stimulantes pour les autres. Elles ont du mal à trouver des activités engageantes, perçoivent le temps comme s'étirant, et éprouvent une frustration récurrente dans leur rapport à l'environnement.
Cette propension est associée dans la littérature à davantage de symptômes dépressifs et anxieux, à des difficultés d'autorégulation, à une plus grande vulnérabilité aux addictions comportementales et à certains traits comme l'impulsivité. Elle constitue un indicateur cliniquement pertinent, pas un diagnostic, mais un signal qui mérite attention.
La BPS : structure et contenu
La BPS dans sa version originale comprend 28 items, évalués sur une échelle de Likert en sept points. Les items explorent deux dimensions principales :
→ La difficulté à s'engager dans des activités internes (pensées, rêveries, activités mentales)
→ La difficulté à trouver des activités externes suffisamment stimulantes
Exemples d'items (traduits et adaptés) : « Il m'est difficile de trouver quelque chose d'intéressant à faire », « Je trouve souvent que le temps passe très lentement », « Je suis souvent pris au piège de situations où je dois faire des choses sans intérêt ».
Une version courte en 12 items a été développée pour faciliter l'utilisation en contexte clinique ou de recherche rapide. Des versions validées en français existent.
Interprétation et limites
Un score élevé à la BPS ne constitue pas un diagnostic. Il indique une vulnérabilité à explorer dans son contexte. Les facteurs pouvant expliquer un score élevé sont multiples : difficultés attentionnelles (TDAH), environnement chroniquement sous-stimulant, dépression masquée, période de transition identitaire, ou trait de personnalité stable sans valeur pathologique.
La BPS mesure une propension globale sans distinguer les types d'ennui : une limite que la Multidimensional State Boredom Scale (MSBS) de Fahlman et al. (2013) cherche à dépasser, avec cinq sous-échelles : conscience du temps, désengagement, ralentissement cognitif, inattention et absence de sens.
Utilisation clinique et alternatives
Pour les cliniciens, la BPS peut être utile en début de prise en charge pour identifier rapidement la propension à l'ennui comme dimension à explorer. Elle peut orienter des questions cliniques :
→ « Dans quelles situations vous ennuyez-vous le plus ? »
→ « Comment réagissez-vous habituellement à l'ennui ? »
→ « Y a-t-il des domaines de votre vie qui vous semblent particulièrement dénués d'intérêt depuis un moment ? »
La MSBS offre une granularité plus fine et est plus utile pour différencier des tableaux cliniques variés. Elle est plus longue (29 items) mais plus informative dans les contextes de dépression, de TDAH ou d'addictions comportementales.

Ce que ça change en pratique
La BPS et la MSBS sont des outils de repérage, pas de diagnostic. Leur utilisation gagne à être complétée par un entretien approfondi qui contextualise les scores dans l'histoire du patient, ses ressources, et son environnement.
Intégrer une évaluation de la propension à l'ennui dans les prises en charge de la dépression, des addictions comportementales, du TDAH ou des troubles anxieux enrichit la formulation clinique et peut orienter des interventions spécifiques.
Pour les chercheurs : la MSBS, par sa granularité, est particulièrement adaptée aux études cherchant à distinguer les sous-types d'ennui et leurs corrélats différentiels.
Pour finir
La BPS a rendu un service précieux à la recherche : elle a permis de traiter l'ennui comme une variable mesurable et cliniquement pertinente, non comme une anecdote ou une plainte secondaire.
Mais les outils ont toujours une limite : ils mesurent ce qu'on leur demande de mesurer, et ils ne remplacent pas l'attention portée au singulier de chaque expérience.
La propension à l'ennui d'un patient est une donnée utile. Ce que ce patient fait de cet ennui, ce qu'il cache, ce qu'il révèle, ce qu'il appelle : c'est là que commence le travail clinique réel.
Fin de la série Ennui — 10 épisodes. Et bientôt, je l'espère, un livre sur le sujet... restez connectés ;)
Série Ennui — Épisode 10 | 10
En 1986, deux chercheurs américains, Richard Farmer et Norman Sundberg, publient un outil qui va durablement structurer la recherche sur l'ennui : la Boredom Proneness Scale, ou BPS.
Depuis, cet instrument a été utilisé dans des centaines d'études à travers le monde, traduit en de nombreuses langues, et affiné par plusieurs équipes de recherche.
Ce que la BPS mesure n'est pas l'ennui en tant qu'état passager. C'est la propension à l'ennui, un trait relativement stable, qui désigne la tendance d'un individu à s'ennuyer plus facilement, plus intensément et plus fréquemment que la moyenne. Cette distinction est fondamentale pour la pratique clinique.
État vs trait : pourquoi la distinction compte
L'ennui-état est contextuel et passager. Il survient dans des situations précises et disparaît quand la situation change. Il est universel et ne signifie rien de particulier sur la santé psychique d'une personne.
L'ennui-trait désigne une vulnérabilité stable : certaines personnes s'ennuient dans des contextes variés, y compris dans des situations qui semblent objectivement stimulantes pour les autres. Elles ont du mal à trouver des activités engageantes, perçoivent le temps comme s'étirant, et éprouvent une frustration récurrente dans leur rapport à l'environnement.
Cette propension est associée dans la littérature à davantage de symptômes dépressifs et anxieux, à des difficultés d'autorégulation, à une plus grande vulnérabilité aux addictions comportementales et à certains traits comme l'impulsivité. Elle constitue un indicateur cliniquement pertinent, pas un diagnostic, mais un signal qui mérite attention.
La BPS : structure et contenu
La BPS dans sa version originale comprend 28 items, évalués sur une échelle de Likert en sept points. Les items explorent deux dimensions principales :
→ La difficulté à s'engager dans des activités internes (pensées, rêveries, activités mentales)
→ La difficulté à trouver des activités externes suffisamment stimulantes
Exemples d'items (traduits et adaptés) : « Il m'est difficile de trouver quelque chose d'intéressant à faire », « Je trouve souvent que le temps passe très lentement », « Je suis souvent pris au piège de situations où je dois faire des choses sans intérêt ».
Une version courte en 12 items a été développée pour faciliter l'utilisation en contexte clinique ou de recherche rapide. Des versions validées en français existent.
Interprétation et limites
Un score élevé à la BPS ne constitue pas un diagnostic. Il indique une vulnérabilité à explorer dans son contexte. Les facteurs pouvant expliquer un score élevé sont multiples : difficultés attentionnelles (TDAH), environnement chroniquement sous-stimulant, dépression masquée, période de transition identitaire, ou trait de personnalité stable sans valeur pathologique.
La BPS mesure une propension globale sans distinguer les types d'ennui : une limite que la Multidimensional State Boredom Scale (MSBS) de Fahlman et al. (2013) cherche à dépasser, avec cinq sous-échelles : conscience du temps, désengagement, ralentissement cognitif, inattention et absence de sens.
Utilisation clinique et alternatives
Pour les cliniciens, la BPS peut être utile en début de prise en charge pour identifier rapidement la propension à l'ennui comme dimension à explorer. Elle peut orienter des questions cliniques :
→ « Dans quelles situations vous ennuyez-vous le plus ? »
→ « Comment réagissez-vous habituellement à l'ennui ? »
→ « Y a-t-il des domaines de votre vie qui vous semblent particulièrement dénués d'intérêt depuis un moment ? »
La MSBS offre une granularité plus fine et est plus utile pour différencier des tableaux cliniques variés. Elle est plus longue (29 items) mais plus informative dans les contextes de dépression, de TDAH ou d'addictions comportementales.

Ce que ça change en pratique
La BPS et la MSBS sont des outils de repérage, pas de diagnostic. Leur utilisation gagne à être complétée par un entretien approfondi qui contextualise les scores dans l'histoire du patient, ses ressources, et son environnement.
Intégrer une évaluation de la propension à l'ennui dans les prises en charge de la dépression, des addictions comportementales, du TDAH ou des troubles anxieux enrichit la formulation clinique et peut orienter des interventions spécifiques.
Pour les chercheurs : la MSBS, par sa granularité, est particulièrement adaptée aux études cherchant à distinguer les sous-types d'ennui et leurs corrélats différentiels.
Pour finir
La BPS a rendu un service précieux à la recherche : elle a permis de traiter l'ennui comme une variable mesurable et cliniquement pertinente, non comme une anecdote ou une plainte secondaire.
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Fin de la série Ennui — 10 épisodes. Et bientôt, je l'espère, un livre sur le sujet... restez connectés ;)

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